
Le pays dispose pourtant de leviers puissants. Il peut dĂ©velopper les bas-fonds, les pĂ©rimĂštres irriguĂ©s, les barrages de retenue, la production semenciĂšre locale, les unitĂ©s de transformation et les routes rurales. Il peut aussi structurer davantage les coopĂ©ratives, financer les exploitations familiales et encourager lâagro-industrie nationale. Mais cela demande une rupture nette avec les politiques dispersĂ©es, les rĂ©ponses ponctuelles et les campagnes agricoles qui sâessoufflent dĂšs que la saison se termine.
Ce quâil faut changer maintenant
La premiĂšre urgence, câest lâeau. Aucune autosuffisance alimentaire sĂ©rieuse ne peut ĂȘtre bĂątie sans irrigation, drainage et amĂ©nagement durable des terres. La GuinĂ©e doit sortir dâune agriculture trop dĂ©pendante de la pluie et sĂ©curiser ses zones de production. La deuxiĂšme urgence, ce sont les intrants et la mĂ©canisation. Les producteurs ont besoin de semences performantes, dâengrais accessibles, dâoutils adaptĂ©s et de services de conseil rĂ©ellement prĂ©sents sur le terrain. Distribuer des intrants Ă la veille des campagnes ne suffit pas, il faut organiser une filiĂšre locale dâapprovisionnement fiable, contrĂŽlĂ©e et durable. La troisiĂšme urgence, câest le financement. Un paysan qui nâa ni crĂ©dit, ni assurance, ni dĂ©bouchĂ© stable ne peut pas investir ni produire Ă grande Ă©chelle. LâĂtat doit crĂ©er un environnement oĂč les banques, les coopĂ©ratives, les investisseurs et les collectivitĂ©s locales travaillent ensemble au service des producteurs. la GuinĂ©e doit rĂ©duire les pertes aprĂšs rĂ©colte. Trop de nourriture est encore perdue faute de stockage, de transformation et de logistique. Or produire sans conserver, câest dĂ©jĂ perdre. Câest lĂ que se joue une partie essentielle de la souverainetĂ© alimentaire.
La Chine, un exemple de méthode
Lâexemple chinois montre quâun pays peut transformer son agriculture lorsquâil en fait une prioritĂ© dâĂtat. La Chine a choisi de protĂ©ger ses terres agricoles, dâinvestir massivement dans lâirrigation, de moderniser ses campagnes et de soutenir la productivitĂ© Ă grande Ă©chelle. Elle a compris que nourrir une population nombreuse exige de la planification, de la technologie et de la constance.
Ce qui frappe dans le modĂšle chinois, ce nâest pas seulement la taille des investissements. Câest surtout la discipline stratĂ©gique , protection du foncier, innovations technologiques, montĂ©e en puissance des infrastructures rurales et appui continu aux producteurs. La leçon pour la GuinĂ©e est simple, on ne construit pas la sĂ©curitĂ© alimentaire avec des slogans, mais avec des politiques tenaces, des choix budgĂ©taires clairs et une vision de long terme. Lâautosuffisance, une question de volontĂ©, Atteindre lâautosuffisance alimentaire en GuinĂ©e est possible, mais pas Ă coup de miracles. Il faut choisir quelques filiĂšres prioritaires, notamment le riz, le maĂŻs, le fonio, le manioc, les lĂ©gumes, la volaille et le poisson. Il faut ensuite sĂ©curiser le foncier agricole, renforcer la recherche agronomique, former les producteurs, soutenir les jeunes et les femmes, et bĂątir des chaĂźnes de valeur locales solides.
Il faut aussi accepter une vĂ©ritĂ© dĂ©rangeante, le pays ne gagnera pas cette bataille sans une rĂ©volution de la gouvernance agricole. Tant que la production restera Ă©clatĂ©e, les infrastructures insuffisantes et les politiques instables, la dĂ©pendance alimentaire perdurera. Mais si la GuinĂ©e investit sĂ©rieusement dans lâeau, les semences, les routes, le stockage, la transformation et la formation, elle peut passer dâun pays vulnĂ©rable Ă un pays nourricier. La question nâest donc plus de savoir si la GuinĂ©e peut atteindre lâautosuffisance alimentaire. La vraie question est de savoir si elle aura le courage politique et technique de la construire enfin sur ses propres terres.

Mamadou Lamine Diaby
Ătudiant en Master II Ă lâuniversitĂ© de Toulouse en France.


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