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La GuinĂ©e a tout pour produire sa propre nourriture. Des terres fertiles, de l’eau, une main-d’Ɠuvre abondante et une diversitĂ© agroĂ©cologique rare en Afrique de l’Ouest. Pourtant, le pays continue d’importer une part importante de ce qu’il consomme, alors mĂȘme que l’agriculture reprĂ©sente prĂšs d’un tiers du PIB et fait vivre plus de la moitiĂ© de la population active. Le constat est brutal, la GuinĂ©e n’a pas un problĂšme de potentiel, elle a un problĂšme d’organisation, d’investissement et de dĂ©cision. Le paradoxe guinĂ©en saute aux yeux. Dans un pays oĂč le riz, le fonio, le maĂŻs, le manioc, le maraĂźchage et l’élevage devraient assurer une solide base alimentaire, les rendements restent faibles, la mĂ©canisation est limitĂ©e, les intrants agricoles sont insuffisants et les infrastructures rurales demeurent dĂ©faillantes. À cela s’ajoutent les pertes post-rĂ©colte, le manque de stockage, l’accĂšs difficile au crĂ©dit et une faible transformation locale des produits agricoles. RĂ©sultat, les campagnes produisent, mais le pays ne s’alimente pas encore suffisamment Ă  partir de sa propre production. Un secteur stratĂ©gique, mais encore fragile. L’agriculture guinĂ©enne n’est pas marginale elle est stratĂ©gique. Les autoritĂ©s en ont d’ailleurs fait un axe prioritaire, avec plusieurs campagnes agricoles rĂ©centes axĂ©es sur la souverainetĂ© alimentaire. Mais une prioritĂ© affichĂ©e n’est pas encore une prioritĂ© accomplie. Tant que les producteurs resteront livrĂ©s aux alĂ©as climatiques, au manque d’irrigation, Ă  la raretĂ© des semences certifiĂ©es et Ă  la faiblesse de l’encadrement technique, la promesse de l’autosuffisance restera fragile.
Le pays dispose pourtant de leviers puissants. Il peut dĂ©velopper les bas-fonds, les pĂ©rimĂštres irriguĂ©s, les barrages de retenue, la production semenciĂšre locale, les unitĂ©s de transformation et les routes rurales. Il peut aussi structurer davantage les coopĂ©ratives, financer les exploitations familiales et encourager l’agro-industrie nationale. Mais cela demande une rupture nette avec les politiques dispersĂ©es, les rĂ©ponses ponctuelles et les campagnes agricoles qui s’essoufflent dĂšs que la saison se termine.
Ce qu’il faut changer maintenant
La premiĂšre urgence, c’est l’eau. Aucune autosuffisance alimentaire sĂ©rieuse ne peut ĂȘtre bĂątie sans irrigation, drainage et amĂ©nagement durable des terres. La GuinĂ©e doit sortir d’une agriculture trop dĂ©pendante de la pluie et sĂ©curiser ses zones de production. La deuxiĂšme urgence, ce sont les intrants et la mĂ©canisation. Les producteurs ont besoin de semences performantes, d’engrais accessibles, d’outils adaptĂ©s et de services de conseil rĂ©ellement prĂ©sents sur le terrain. Distribuer des intrants Ă  la veille des campagnes ne suffit pas, il faut organiser une filiĂšre locale d’approvisionnement fiable, contrĂŽlĂ©e et durable. La troisiĂšme urgence, c’est le financement. Un paysan qui n’a ni crĂ©dit, ni assurance, ni dĂ©bouchĂ© stable ne peut pas investir ni produire Ă  grande Ă©chelle. L’État doit crĂ©er un environnement oĂč les banques, les coopĂ©ratives, les investisseurs et les collectivitĂ©s locales travaillent ensemble au service des producteurs. la GuinĂ©e doit rĂ©duire les pertes aprĂšs rĂ©colte. Trop de nourriture est encore perdue faute de stockage, de transformation et de logistique. Or produire sans conserver, c’est dĂ©jĂ  perdre. C’est lĂ  que se joue une partie essentielle de la souverainetĂ© alimentaire.
La Chine, un exemple de méthode
L’exemple chinois montre qu’un pays peut transformer son agriculture lorsqu’il en fait une prioritĂ© d’État. La Chine a choisi de protĂ©ger ses terres agricoles, d’investir massivement dans l’irrigation, de moderniser ses campagnes et de soutenir la productivitĂ© Ă  grande Ă©chelle. Elle a compris que nourrir une population nombreuse exige de la planification, de la technologie et de la constance.
Ce qui frappe dans le modĂšle chinois, ce n’est pas seulement la taille des investissements. C’est surtout la discipline stratĂ©gique , protection du foncier, innovations technologiques, montĂ©e en puissance des infrastructures rurales et appui continu aux producteurs. La leçon pour la GuinĂ©e est simple, on ne construit pas la sĂ©curitĂ© alimentaire avec des slogans, mais avec des politiques tenaces, des choix budgĂ©taires clairs et une vision de long terme. L’autosuffisance, une question de volontĂ©, Atteindre l’autosuffisance alimentaire en GuinĂ©e est possible, mais pas Ă  coup de miracles. Il faut choisir quelques filiĂšres prioritaires, notamment le riz, le maĂŻs, le fonio, le manioc, les lĂ©gumes, la volaille et le poisson. Il faut ensuite sĂ©curiser le foncier agricole, renforcer la recherche agronomique, former les producteurs, soutenir les jeunes et les femmes, et bĂątir des chaĂźnes de valeur locales solides.
Il faut aussi accepter une vĂ©ritĂ© dĂ©rangeante, le pays ne gagnera pas cette bataille sans une rĂ©volution de la gouvernance agricole. Tant que la production restera Ă©clatĂ©e, les infrastructures insuffisantes et les politiques instables, la dĂ©pendance alimentaire perdurera. Mais si la GuinĂ©e investit sĂ©rieusement dans l’eau, les semences, les routes, le stockage, la transformation et la formation, elle peut passer d’un pays vulnĂ©rable Ă  un pays nourricier. La question n’est donc plus de savoir si la GuinĂ©e peut atteindre l’autosuffisance alimentaire. La vraie question est de savoir si elle aura le courage politique et technique de la construire enfin sur ses propres terres.

Mamadou Lamine Diaby
Étudiant en Master II Ă  l’universitĂ© de Toulouse en France.

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